Fêtes, archives et restauration
Toussaint et jour des morts : histoire, traditions et règles du cimetière

Chaque début novembre, les allées des cimetières se couvrent de chrysanthèmes. La Toussaint reste l'un des moments où la culture chrétienne est la plus visible en France, y compris chez ceux qui ne pratiquent pas. Elle mêle deux fêtes distinctes, une histoire de plus de mille ans et, au bout de l'allée, un lieu très encadré par le droit : le cimetière communal.
Le 1er novembre est la fête de tous les saints ; la commémoration de tous les fidèles défunts a lieu le 2 novembre. Seule la Toussaint est un jour férié. Le cimetière, lui, est un service public communal et neutre depuis 1881 : c'est le maire qui en assure la police, et c'est la commune qui accorde les concessions, pour une durée qu'elle choisit parmi celles prévues par la loi.
Deux fêtes, deux histoires
La fête de tous les saints a des origines romaines. Au début du VIIe siècle, le pape Boniface IV fait du Panthéon, ancien temple païen, une église dédiée à la Vierge et à tous les martyrs. Au VIIIe siècle, Grégoire III consacre dans la basilique Saint-Pierre un oratoire à tous les saints. La date du 1er novembre se diffuse ensuite dans le royaume franc au IXe siècle, à l'époque de Louis le Pieux, et finit par s'imposer à toute l'Église latine. Elle honore tous les saints, connus ou anonymes.
La prière pour les morts est plus ancienne encore, mais son inscription au lendemain de la Toussaint doit beaucoup à Cluny. Vers la fin du Xe siècle, l'abbé Odilon fixe au 2 novembre, pour les monastères qui dépendent de l'abbaye bourguignonne, une commémoration de tous les défunts. Le vaste réseau clunisien diffuse l'usage dans tout l'Occident.
Pourquoi les tombes sont-elles fleuries le 1er ? Parce que ce jour est chômé, et le 2 ne l'est pas : les familles vont au cimetière le jour où elles sont libres. Notre article sur le calendrier des fêtes chrétiennes replace la Toussaint parmi les autres jours fériés d'origine religieuse.
Un jour férié inscrit dans le code du travail
La Toussaint figure parmi les fêtes légales énumérées à l'article L3133-1 du code du travail, avec l'Assomption, l'Ascension, Noël et les lundis de Pâques et de Pentecôte. Hors le 1er mai, un jour férié n'est pas forcément chômé : cela dépend des accords collectifs ou de l'usage. La Toussaint a aussi donné son nom aux vacances scolaires d'automne.
Le 2 novembre n'a jamais été férié. Le 11 novembre l'est depuis 1922, en mémoire de l'armistice de 1918, et cette proximité a marqué la manière dont les Français fleurissent leurs tombes.
Chrysanthèmes, bougies et citrouilles
Le chrysanthème est devenu la fleur des morts en France par une conjonction de raisons. Il fleurit en automne, au moment exact de la Toussaint ; il supporte le froid et dure plusieurs semaines en pot sur une tombe. On rattache souvent l'essor de la coutume à l'après-Première Guerre mondiale, quand les communes et les familles ont fleuri les tombes et les monuments des soldats morts pour la France. L'association est si forte qu'en France on n'offre guère de chrysanthèmes hors du cimetière, alors que la fleur n'a pas ce sens partout.
D'autres usages survivent localement : lumignons allumés sur les tombes, bénédiction des tombes après la messe, ou glas sonné le soir de la Toussaint, qui reste soumis au règlement municipal des sonneries, comme le rappelle notre article sur les cloches.
Halloween, enfin, tire son nom de l'anglais All Hallows' Eve, la veille de la Toussaint ; ses citrouilles viennent de traditions irlandaises et écossaises passées par les États-Unis, et elle s'est installée en France à la fin du XXe siècle comme une fête d'enfants, sans lien avec le cimetière.
Le cimetière, un service public neutre
Sous l'Ancien Régime, les morts reposaient dans l'église ou dans l'enclos paroissial, et le curé inscrivait chaque sépulture dans le registre présenté dans notre article sur les registres paroissiaux et la généalogie. Le décret du 23 prairial an XII (1804) confie les cimetières aux communes, avec des parties séparées par culte.
La loi du 14 novembre 1881 supprime cette séparation : le cimetière devient un lieu commun à tous, sans division confessionnelle. La loi du 9 décembre 1905, en son article 28, interdit les signes religieux sur les monuments et emplacements publics, mais fait une exception pour les terrains de sépulture, les monuments funéraires et les édifices du culte. Une croix peut donc orner une tombe, pas le portail du cimetière. Les « carrés confessionnels » de certaines villes n'ont pas de base légale propre : ils relèvent du pouvoir du maire d'attribuer les emplacements. Notre article sur la loi de 1905 détaille le reste du régime des édifices.
Le maire exerce la police des funérailles et des cimetières (horaires, travaux sur les tombes, décence des lieux) ; le règlement intérieur, disponible en mairie, précise ces règles.
Qui a droit à une place, et pour combien de temps ?
Selon l'article L2223-3 du code général des collectivités territoriales, la sépulture dans le cimetière d'une commune est due aux personnes décédées sur son territoire, à celles qui y étaient domiciliées, à celles qui y ont droit à une sépulture de famille, et aux Français établis hors de France inscrits sur la liste électorale de la commune.
L'inhumation peut se faire en terrain commun, gratuitement, pour une durée minimale de cinq ans, après quoi la commune peut reprendre l'emplacement. Pour une durée plus longue, la famille achète une concession. L'article L2223-14 du même code prévoit quatre catégories que les communes peuvent proposer :
| Concession | Durée | À retenir |
|---|---|---|
| Temporaire | 15 ans au plus | Renouvelable ; adaptée à une inhumation unique |
| Trentenaire | 30 ans | Renouvelable indéfiniment au tarif en vigueur |
| Cinquantenaire | 50 ans | Renouvelable indéfiniment au tarif en vigueur |
| Perpétuelle | Sans limite | Une commune n'est pas obligée d'en proposer |
À l'expiration d'une concession à durée limitée, la famille dispose de deux ans pour la renouveler ; passé ce délai, le terrain fait retour à la commune (article L2223-15). Le tarif, fixé par le conseil municipal, varie fortement d'une commune à l'autre. Le texte du code se lit sur Légifrance.
Les tombes abandonnées
Même une concession perpétuelle peut être reprise si elle est laissée à l'abandon. La procédure, fixée par l'article L2223-17 du code général des collectivités territoriales, est longue et protectrice : elle ne peut commencer qu'après trente ans d'existence de la concession et au moins dix ans après la dernière inhumation. Le maire fait constater l'état d'abandon par un procès-verbal. Si, trois ans plus tard, la tombe est toujours dans le même état, un nouveau constat est dressé et le conseil municipal peut décider la reprise.
C'est souvent à la Toussaint que l'on découvre, sur une tombe familiale, un panneau signalant une procédure : se faire connaître en mairie et remettre la sépulture en état l'interrompt. Les restes exhumés lors d'une reprise sont déposés avec décence dans l'ossuaire communal, ou crématisés en l'absence d'opposition connue du défunt (article L2223-4).
Les cendres, depuis la loi de 2008
La loi du 19 décembre 2008 a donné aux cendres un statut : le code civil, à son article 16-1-1, dispose que les restes des personnes décédées, y compris les cendres, doivent être traités avec respect, dignité et décence. Les cendres ne peuvent plus être conservées au domicile ni partagées. Elles peuvent être inhumées dans une sépulture, déposées dans une case de columbarium, scellées sur un monument funéraire, dispersées dans le jardin du souvenir d'un cimetière, ou dispersées en pleine nature, hors des voies publiques ; dans ce dernier cas, une déclaration est faite à la mairie de la commune de naissance du défunt, qui en garde la trace.
Le cimetière, patrimoine à part entière
Un vieux cimetière se visite comme une église. Chapelles néogothiques, croix en fonte et épitaphes racontent les familles et les métiers d'une commune ; certains monuments funéraires sont même protégés au titre des monuments historiques. Pour un généalogiste, les dates gravées complètent l'état civil.
Les monuments aux morts, souvent placés près de l'église ou du cimetière, portent les noms des soldats de la commune. La base « Mémoire des hommes » du ministère des Armées permet de retrouver la fiche individuelle de nombreux militaires morts pour la France : memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr.
Sources
- Code général des collectivités territoriales, articles L2213-8, L2223-3, L2223-4, L2223-14, L2223-15, L2223-17 et L2223-18-1 à L2223-18-4, Légifrance.
- Code du travail, article L3133-1 (fêtes légales), Légifrance ; code civil, article 16-1-1 ; loi n° 2008-1350 du 19 décembre 2008 relative à la législation funéraire.
- Loi du 14 novembre 1881 abrogeant l'article 15 du décret du 23 prairial an XII ; loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, article 28.
- Ministère des Armées, base « Mémoire des hommes ».
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