Fêtes, archives et restauration
Le calendrier des fêtes chrétiennes, un fait culturel : Pâques, jours fériés et traditions

Même pour ceux qui ne pratiquent aucune religion, le calendrier chrétien structure l'année française : les jours fériés, les vacances scolaires de printemps, la galette de janvier ou les chrysanthèmes de novembre en sont issus. Comprendre sa logique, c'est éclairer tout un pan de la culture commune. Voici comment il fonctionne, vu sous l'angle de l'histoire et des usages.
Le calendrier liturgique combine des fêtes fixes (Noël, Assomption, Toussaint) et des fêtes mobiles qui dépendent de Pâques. Pâques est fixée au premier dimanche qui suit la pleine lune de printemps, d'où une date qui varie chaque année entre le 22 mars et le 25 avril. Le code du travail reprend plusieurs de ces fêtes parmi les jours fériés.
L'année liturgique en quatre temps forts
L'année liturgique ne commence pas le 1er janvier mais avec l'Avent, quatre dimanches avant Noël. Elle s'organise autour de deux grands cycles :
- le cycle de Noël : Avent, Noël (25 décembre), Épiphanie, puis la Présentation au Temple le 2 février, la Chandeleur ;
- le cycle de Pâques : Carême (quarante jours, à partir du mercredi des Cendres), semaine sainte ouverte par les Rameaux, Pâques, Ascension, Pentecôte.
Entre les deux s'étend le « temps ordinaire ». S'y ajoutent les fêtes des saints, dont certaines ont marqué durablement la vie rurale : la Saint-Jean d'été, la Saint-Martin de novembre, longtemps date de paiement des fermages et de renouvellement des baux dans plusieurs régions.
Pourquoi Pâques change de date
Pâques est liée à la Pâque juive, elle-même fixée selon un calendrier luni-solaire. Au IVe siècle, l'Église adopte une règle : Pâques est célébrée le premier dimanche qui suit la première pleine lune survenant à partir de l'équinoxe de printemps, celui-ci étant fixé conventionnellement au 21 mars. Il s'agit d'une lune « ecclésiastique », calculée par des tables, et non de la lune astronomique observée.
Conséquence : la date de Pâques varie entre le 22 mars et le 25 avril. Les autres fêtes mobiles en découlent :
| Fête | Position | Jour férié en France |
|---|---|---|
| Mercredi des Cendres | 46 jours avant Pâques | Non |
| Rameaux | Dimanche précédant Pâques | Dimanche |
| Vendredi saint | Vendredi précédant Pâques | Seulement dans certaines communes d'Alsace-Moselle |
| Lundi de Pâques | Lendemain de Pâques | Oui |
| Ascension | Jeudi, 39 jours après Pâques | Oui |
| Pentecôte et lundi de Pentecôte | 7e dimanche après Pâques et son lendemain | Lundi férié (sous réserve de la journée de solidarité) |
Les Églises orthodoxes, qui calculent Pâques selon le calendrier julien, la célèbrent souvent à une date différente.
Le calendrier grégorien, une réforme pontificale
Notre calendrier civil lui-même est d'origine religieuse. Le calendrier julien, hérité de Rome, accumulait un léger retard sur l'année solaire, ce qui décalait la date de l'équinoxe et donc celle de Pâques. En 1582, le pape Grégoire XIII promulgue une réforme qui supprime dix jours et modifie la règle des années bissextiles. La France l'adopte dès la fin de 1582 : le lendemain du 9 décembre y fut le 20 décembre. D'autres pays ne l'ont adopté que bien plus tard. Les généalogistes le savent : des actes anciens peuvent porter des dates en « vieux style », ce que nous évoquons dans notre article sur les registres paroissiaux.
Les jours fériés du code du travail
L'article L3133-1 du code du travail fixe la liste des fêtes légales : le 1er janvier, le lundi de Pâques, le 1er mai, le 8 mai, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 14 juillet, l'Assomption (15 août), la Toussaint (1er novembre), le 11 novembre et le jour de Noël. Six d'entre elles ont une origine chrétienne. En Alsace et en Moselle, le droit local ajoute le 26 décembre et le Vendredi saint dans les communes ayant un temple protestant ou une église mixte.
Le lundi de Pentecôte a une histoire particulière : depuis 2004, la journée de solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et handicapées peut être fixée ce jour-là, selon des modalités définies par accord collectif ou par l'employeur.
Des fêtes religieuses devenues traditions
Beaucoup de pratiques familiales ou commerciales sont issues du calendrier liturgique :
- la galette des rois, partagée autour de l'Épiphanie, début janvier ;
- les crêpes de la Chandeleur, le 2 février ;
- Mardi gras et le carnaval, derniers jours de fête avant les quarante jours du Carême ;
- le buis des Rameaux, rapporté à la maison ou déposé sur les tombes ;
- les œufs et les cloches de Pâques : selon une tradition française, les cloches, silencieuses du Jeudi au Samedi saint, seraient parties à Rome et rapporteraient les œufs ; notre article sur les cloches raconte leurs autres sonneries ;
- les feux de la Saint-Jean, autour du solstice d'été ;
- les chrysanthèmes de la Toussaint, déposés au cimetière alors que la commémoration des défunts tombe en réalité le 2 novembre.
Ces usages ont souvent mêlé des traditions plus anciennes, saisonnières et agricoles, au calendrier chrétien. Ils font partie du patrimoine culturel immatériel, que l'on soit croyant ou non.
Lire le passé avec le calendrier
Les historiens et les généalogistes utilisent le calendrier liturgique comme outil de datation : un acte « fait le jour de la Saint-Michel » ou une foire « de la Pentecôte » se convertissent en dates précises à l'aide de tables. Les registres anciens mentionnent aussi les mariages, plus rares pendant l'Avent et le Carême, ce qui se lit encore dans les statistiques historiques. L'histoire des institutions qui formaient le clergé chargé de ce calendrier est présentée dans notre article sur les séminaires.
Un calendrier qui rythme encore l'école et le travail
Les vacances scolaires de printemps sont aujourd'hui fixées par zones, indépendamment de Pâques, mais le lundi de Pâques, l'Ascension et le lundi de Pentecôte continuent de créer des « ponts » attendus chaque année. Le jeudi de l'Ascension, notamment, ouvre souvent un long week-end au mois de mai. Les calendriers des postes et les almanachs, longtemps distribués dans les foyers, indiquaient pour chaque jour le saint fêté : une habitude qui survit dans les « bonnes fêtes » souhaitées aux prénoms.
Sources
- Code du travail, articles L3133-1 (fêtes légales) et L3134-13 (Alsace-Moselle), Légifrance.
- Service-Public (DILA), « Jours fériés et ponts dans le secteur privé », service-public.gouv.fr.
- Loi n° 2004-626 du 30 juin 2004 relative à la solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées, Légifrance.
- Observatoire de Paris, Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE), notices sur le calendrier grégorien et le calcul de la date de Pâques.
- Conférence des évêques de France, présentation de l'année liturgique, eglise.catholique.fr.
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